Mis à jour le mardi 31 août 1999
TOUT ESPOIR de changement n'est pas perdu en Iran. La rigueur avec laquelle la révolte des étudiants a été réprimée dans la première quinzaine de juillet pouvait faire craindre le pire. Depuis, de nombreuses décisions ont été prises qui montrent que les réformateurs groupés autour du président Mohamad Khatami n'en continuent pas moins de marquer des points.
Quelque mille cinq cents personnes ont été arrêtées en juillet, parfois pour simple « délit de jeunesse » ou de « témérité ». La plupart sont encore en prison. Certaines sont menacés de la peine capitale, accusées de « contacts avec l'étranger ». La Ligue pour la défense des droits de l'homme en Iran (LDDHI), affiliée à la Fédération internationale des droits de l'homme, a rappelé leur sort dans un récent communiqué publié à Paris. Elle dénonce « les traitements dégradants, l'incarcération, la torture » et s'inquiète du sort des « centaines de blessés et de battus », ainsi que de celui « des dirigeants du mouvement des étudiants qui ont été arrêtés par les forces de l'ordre » et qui « n'ont ni le droit de voir les membres de leur famille ni celui d'être assistés par un avocat ».
L'adoption d'une loi draconienne sur les délits politiques, justifiant tous les excès policiers et judiciaires, n'est pas non plus rassurante ; pas plus qu'une impressionnante démonstration de force des milices islamiques bassidjis à Téhéran. Le journal Salam, héraut avant l'heure du changement du système, a été fermé pour cinq ans. Bref : les rigoristes de la République islamique, fin juillet, tenaient le haut du pavé.
RELATION DE CONFIANCE
Au fil des semaines, des nuances ont été apportées à cette sombre image d'un Iran qui avance à reculons. Mutations, limogeages, mises à la retraite ou départs volontaires, dont certains vont dans le sens de ce que les réformateurs exigeaient depuis longtemps, ont touché le sommet des institutions. L'ultraconservateur et quasi inamovible chef du pouvoir judiciaire, l'ayatollah Mohamad Yazdi, a été remplacé par l'ayatollah Mahmoud Hachémi-Charoudi ; d'autres nominations ont eu lieu au sein d'un appareil judiciaire qui paraissait figé à tout jamais dans la rigueur et parfois l'arbitraire. Mohsen Rafig-Doust, le tout aussi inamovible et omnipotent chef de la Fondation des déshérités - créée au début de la révolution pour, comme son appellation l'indique, venir en aide aux déshérités, et devenue un véritable empire financier - a cédé son fauteuil à Mohamad Forouzandeh, un ancien ministre de la défense.
Le chef de la police de Téhéran et de sa banlieue, le général Farhad Nazari - dont les étudiants réclamaient le limogeage - a été démis de ses fonctions pour « incompétence » et remplacé par le général Mohsen Ansari, chef adjoint de l'ensemble de l'appareil policier. Sept officiers de cette même police de Téhéran, responsables de l'attaque menée le 8 juillet par les forces de l'ordre contre un dortoir de l'université de la capitale, ont été traduits en justice ; de même qu'un groupe d'ultras islamistes qui leur ont prêté main forte et ont contribué aux désordres face aux étudiants en révolte.
Les plus sceptiques font remarquer que, dans la plupart des cas, ce sont des conservateurs qui ont remplacé d'autres conservateurs et que l'ancien chef du pouvoir judiciaire a été nommé membre du Conseil de surveillance de la Constitution.
Pourtant, le camp des conservateurs n'est pas monolithique. Certains, en son sein sont conscients de la nécessité pour la République islamique de s'adapter aux nouvelles réalités du pays, vingt ans après la révolution. Ce qui est sûr, c'est que le président Khatami a obtenu la tête de certains de ceux qu'il voulait écarter. Les nouveaux venus ne pourront donc être jugés qu'à leurs actes.
Nul, au sommet du pouvoir en Iran - ni le président de la République ni, a fortiori, le Guide, l'ayatollah Ali Khamenei, jusqu'à maintenant considéré comme la figure de proue des conservateurs - ne préconise une révolution. En revanche, ce qui apparaît de plus en plus clair au fil des semaines est que, contrairement à ce qu'on aurait pu imaginer, M. Khatami a réussi à instaurer une relation de confiance avec M. Khamenei.
Les deux hommes ont besoin l'un de l'autre : il y va de la survie de la République islamique. En vertu de la Constitution, le Guide est, de fait, l'autorité suprême, et rien ne peut se faire sans son agrément. Parallèlement, le président demeure l'idole des jeunes et de tous ceux qui veulent qu'un coup de neuf soit apporté au régime.
Par ailleurs, les amis de M. Khatami ne semblent pas avoir perdu de leur enthousiasme. Le quotidien Salam a certes été fermé, mais un autre journal pro-Khatami, Aftab é Emrouz (« Le soleil d'aujourd'hui ») a été créé. Les réformateurs, avec à leur tête le ministre de la culture et de l'orientation islamique, Ataollah Mohadjarani, n'ont pas pour autant lâché Salam dont ils continuent de contester publiquement la fermeture, avec l'appui en sous-main du président.
D'autres signes laissent penser que tout espoir n'est pas perdu pour les réformateurs. Cela va de l'introduction du parapente dans les sports pratiqués par les femmes - certes en tenue islamique - à l'imposition, contre l'avis du Parlement, d'un jour férié pour l'anniversaire de la nationalisation du pétrole - une mesure dont l'artisan avait été l'ancien premier ministre, Mohamad Mossadegh, tenu en suspicion par les conservateurs. Et cela passe aussi par le lancement, avant terme, de la campagne pour les législatives de février 2000, élections qui pourraient être décisives : les amis de M. Khatami entendent bien y obtenir, enfin, une majorité parlementaire et balayer l'opposition du Parlement actuel à majorité conservatrice.




