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Par Le |
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Pendant les années de plomb au Maroc, Abraham Serfaty, juif marocain
né en 1926 à Casablanca, militant communiste dès
l'âge de 18 ans et nationaliste «banni» en 1951 dans le
Cantal par la France coloniale, ingénieur des Mines de profession,
était «l'homme qui est resté debout face à Hassan
II». En rupture avec son milieu, l'ancien directeur à l'Office
chérifien des phosphates s'était solidarisé avec
des mineurs en grève, avait lancé la revue Souffles avec
le poète Abdellatif Laabi, puis fondé le mouvement d'extrême
gauche Ilal Aman («En avant»). Arrêté, torturé,
relâché puis pourchassé pendant deux ans et demi de
clandestinité, un temps caché par une enseignante française
au lycée Mohammed-V à Casablanca, Christine Daure, il est
repris en 1974 et, en 1977, condamné à perpétuité
pour «atteinte à la sûreté intérieure
de l'Etat». Il devient, après Nelson Mandela, le plus ancien
prisonnier politique du continent. Pour faire diversion, Hassan II lui
demande de renoncer à sa revendication de l'autodétermination
pour le Sahara occidental, la «cause sacrée» du Maroc.
Serfaty refuse tout marchandage. En 1991, quand le roi vide les dossiers
noirs de la répression, il est expulsé comme «Brésilien»...
L'avènement d'un «gouvernement d'alternance», sous
la conduite du socialiste Abderrahmane Youssoufi, n'a pas mis fin à
l'exil de Serfaty. Bien que le Premier ministre ait publiquement reconnu
la «marocanité» de l'opposant, la Cour suprême
du Maroc rejette le recours contre l'arrêté d'expulsion pris
par l'inamovible ministre de l'Intérieur, Driss Basri, en se déclarant,
le 16 juillet 1998, «incompétente» pour statuer sur la
nationalité de Serfaty, issu d'une famille installée dans
le royaume depuis le XVe siècle. Ce n'est qu'au lendemain de la
mort de Hassan II, le 23 juillet, que des contacts informels avec le nouveau
roi ouvrent une perspective de règlement. Mohammed VI finit par
mandater son conseiller, André Azoulay, déjà au service
de son père comme caution libérale du régime, pour
rencontrer Abraham Serfaty en France. L'opposant accepte de rédiger
une lettre dans laquelle il exprime son adhésion à une monarchie
constitutionnelle et à une solution «sans vainqueur ni vaincu»
au Sahara occidental. Ces dernières années, Serfaty avait
déjà pris ces positions, estimant que l'instauration d'une
république «dans l'immédiat» risquerait d'aboutir
à un régime islamiste, et que seul un règlement négocié
permettrait au Maroc «de ne pas tout perdre»
au Sahara occidental.
Tout au long des tractations, il a été question des «forces
du mal» au Maroc s'opposant au retour d'Abraham Serfaty. Quelles
qu'elles soient, Mohammed VI vient de leur infliger un revers. |