PEKIN (AFP) - Les autorités chinoises ont poursuivi lundi leur répression de la dissidence et de la secte Falungong (interdite), opposant une fin de non recevoir aux manifestations en faveur des droits de l'homme qui ont émaillé la visite du président chinois en Europe.Alors que le président Jiang Zemin poursuivait une visite d'Etat controversée en France, quatre dissidents, membres du Parti démocrate chinois (PDC, interdit), ont comparu lundi devant un tribunal de Hangzhou pour "incitation au renversement du pouvoir d'Etat", un crime passible de 10 ans de prison. Le procès s'est toutefois achevé sans que le verdict n'ait été annoncé.
Pendant ce temps à Pékin, la police dispersait une manifestation d'adeptes de la secte d'inspiration bouddhiste qui avaient tenté de se rassembler sur la place Tiananmen à Pékin pour protester contre la discussion d'un projet de loi visant à visant à sévir contre les "cultes hérétiques".
Plusieurs dizaines d'adeptes criant des slogans favorables à la secte, interdite le 22 juillet dernier pour avoir défié le régime en organisant une manifestation monstre à Pékin en avril, ont été emmenés à bord d'un autobus, tandis que la police, très nerveuse sur la place, procédait à des fouilles sur les badauds, soupçonnés d'être membres de la secte.
La volonté affichée par les autorités chinoises de continuer à combattre vigoureusement toute tentative de déstabilisation du régime communiste survient alors que le président chinois a clairement défini les limites du dialogue engagé par les pays européens avec Pékin il y a deux ans sur la question de droits de l'homme en Chine.
Dans une interview publiée lundi par le quotidien français le Figaro, le président chinois a souligné que les droits de l'homme relèvent de la compétence nationale et que "sauf l'assistance des Nations unies accordée sur sa demande, aucun autre pays et aucune organisation internationale n'ont le droit de s'y ingérer".
"Les problèmes des droits de l'Homme de tout pays, qu'il soit grand ou petit, puissant ou faible, doivent être réglés par son propre gouvernement, en toute indépendance et en s'appuyant sur le peuple. C'est là un principe fondamental" a-t-il ajouté.
"Le régime chinois a visiblement choisi ce moment précis pour montrer la détermination de la Chine à s'opposer à la politique suivie par les pays occidentaux en matière de droits de l'Homme", a commenté pour sa part le Centre d'information sur les droits de l'homme et le mouvement démocratique en Chine, basé à Hong Kong.
Arrivé vendredi en France, M. Jiang a passé le week-end au château de Bity (Corrèze, centre), dans la résidence personnelle du président français Jacques Chirac, un honneur exceptionnel qui a suscité des critiques au sein de la classe politique française.
Les quatre dissidents Wu Yilong, Zhu Yufu, Mao Qingxiang et Xu Guang, dont le procès s'est déroulé lundi, avaient été arrêtés alors qu'ils se préparaient à commémorer le 10ème anniversaire de la répression du mouvement démocrate de Tiananmen, le 4 juin dernier. Les quatre militants sont à l'origine de la fondation du PDC l'an dernier aux côtés de Wang Youcai, qui avait lancé un défi sans précédent au régime en juin 1998 en demandant la reconnaissance officielle de son mouvement le jour même de l'arrivée en Chine de Bill Clinton pour une visite officielle, la première d'un président américain depuis les manifestations de 1989.
Wang Youcai a été condamné fin décembre à 11 ans de prison, alors que le président chinois se faisait fort de "tuer dans l'oeuf" les facteurs de déstabilisation sociale ou politique.
Ce dernier a répété samedi que la Chine entendait progresser "pas à pas" vers la démocratisation du régime "sans remettre en cause la stabilité d'un ensemble de plus d'un milliard d'habitants", selon la porte parole de M. Chirac. La Chine, qui a fait du "maintien de la stabilité" l'un des principaux leitmotiv de sa politique au cours des derniers mois, redoute qu'une démocratisation rapide ne débouche sur une situation similaire à celle de la Russie.