Mis à jour le jeudi 28 octobre 1999
Sur tous les terrains, la bataille entre l'opposant Alassane Ouattara et le pouvoir ivoirien s'intensifie. Dans la rue, les affrontements entre ses partisans et les forces de l'ordre sont de plus en plus violents, sur le terrain juridique les procédures contre lui ou ses lieutenants se multiplient.
Mercredi 27 octobre, une manifestation de son parti, le Rassemblement des républicains (RDR), interdite au dernier moment, a dégénéré. Alors qu'un millier de militants s'apprêtaient à marcher vers la télévision nationale pour demander la « libération des médias d'Etat », les forces de l'ordre ont chargé. Grenades lacrymogènes contre jets de pierre, les échauffourées ont duré toute la matinée. Bilan : plusieurs blessés, une dizaine de bus incendiés ou détruits, et les locaux du journal gouvernemental Fraternité Matin pris d'assaut.
Au nom de la loi « anti-casseurs », ordre a été donné d'arrêter les principaux dirigeants du RDR, dont la secrétaire générale, Henriette Diabaté, et quatre députés. Ils pourraient être poursuivis pour troubles à l'ordre public. Pendant ce temps, à quelques centaines de kilomètres de là, le tribunal de Dimbokro, village natal de M. Ouattara, prononçait l'annulation de son certificat de nationalité, délivré fin septembre et accusé d'être entaché de nombreuses irrégularités. Ce certificat est l'une pièces administratives exigées pour valider l'élection, le 1er août, de M. Ouattara à la présidence du RDR. Il est fort peu probable que M. Ouattara en obtienne jamais un autre.
CONTRE M. OUATTARA
Dans cet acharnement à démontrer que l'ancien premier ministre n'est pas ivoirien, le pouvoir a encore des cartes à jouer et l'opposant n'en a pas fini avec la justice. Il est l'objet d'une information judiciaire pour « faux et usage de faux », portant sur deux cartes d'identité ivoiriennes jugées suspectes. Il a beau clamer qu'il est ivoirien de père et de mère, il lui reste peu d'opportunités d'en faire la preuve. L'ancien premier ministre de feu Félix Houphouët-Boigny, actuellement en voyage à l'étranger, sait qu'il est sous la menace d'une inculpation dès son retour en Côte d'Ivoire. Et les déboires de M. Ouattara se sont récemment étendus à ses lieutenants. L'un de ses proches collaborateurs, le député Amadou Gon Coulibaly, est poursuivi, lui, pour « offense au chef de l'Etat », après avoir traité publiquement les gouvernants de « voleurs ». Le parquet a demandé la levée de son immunité parlementaire à l'Assemblée nationale, largement dominée par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) au pouvoir.
Les obstacles n'ont cessé de s'accumuler dans cette course à la présidence lancée plus d'un an avant le scrutin programmé en octobre 2000. Les militants du RDR ont déjà vu leur « champion » pratiquement éliminé et leur parti décapité.



