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Seize cadres d'un parti d'opposition condamnés à la prison en Côte d'Ivoire

Pour M. Ouattara, ce sont des « prisonniers politiques »

Mis à jour le samedi 13 novembre 1999

ABIDJAN correspondance

En tête de la colonne des vingt prévenus, comme lors des deux premiers jours du procès, Henriette Diabaté, soixante-quatre ans, est entrée, vendredi 12 novembre au matin, dans la petite salle du tribunal d'Abidjan. Toujours souriante et élégante, elle a levé le poing à l'adresse des proches autorisés à assister aux audiences. Alors que les débats ont été ponctués d'interventions de la salle lors du réquisitoire, le verdict est tombé dans un silence de cathédrale : deux ans de prison pour onze des dirigeants du Rassemblement des républicains (RDR) - dont Henriette Diabaté, secrétaire générale du parti et ancienne ministre, et quatre députés. Cinq prévenus ont été condamnés à un an de prison. Quatre autres ont été relaxés.

« SANS MOTIFS ET SANS PREUVES » Arrêtés le 27 octobre, lors d'une manifestation organisée pour réclamer la « libération des médias d'Etat » qui a tourné à l'affrontement avec les forces de l'ordre, les dirigeants du RDR, le parti d'Alassane Ouattara, candidat à l'élection présidentielle d'octobre 2000, ont été condamnés dans le cadre de la loi « anticasseurs », qui tient les organisateurs d'une manifestation pour responsables des débordements. L'ancien premier ministre et ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), qui a renoncé à renouveler son contrat pour entrer en politique, est, depuis son retour de Washington fin juillet, au centre d'une bataille politico-juridique entre son parti et le pouvoir. La mouvance présidentielle lui conteste sa nationalité ivoirienne et remet donc en cause la possibilité pour lui de briguer la magistrature suprême.

M. Ouattara, qui considère les condamnés comme des « prisonniers politiques », voit derrière la décision de la justice une volonté du gouvernement de « décapiter » son parti, dont les dirigeants ont été condamnés, dit-il, « sans motifs et sans preuves. On n'a même pas pu établir qui était responsable des casses qui se sont déroulées dans des quartiers populaires alors que les militants et les dirigeants ont été obligés de se replier au siège du parti, sous la pression des forces de l'ordre ». Le pouvoir, lui, n'a cessé de rappeler, cette semaine, à grand renfort d'images d'archives rediffusées à la télévision nationale, que la loi « anticasseurs » a été élaborée, en 1992, par le gouvernement de M. Ouattara. « C'est une loi d'une autre époque. Les partis politiques ont acquis une maturité », plaide aujourd'hui l'ancien premier ministre, favorable à son abrogation.

Le RDR paraît aujourd'hui bien affaibli. Les plus combatifs et les plus populaires des dirigeants mis derrière les barreaux, M. Ouattara n'a plus d'état-major en Côte d'Ivoire. La direction intérimaire, inexpérimentée, a du mal à reprendre le flambeau. De plus, les condamnés et le parti, pour une grande part financé par M. Ouattara lui-même, devront payer quelque 9,5 millions de francs français de dommages et intérêts pour les casses. En voyage depuis plus de deux mois, M. Ouattara, qui séjourne actuellement en France, à Mougins (Alpes-Maritimes), a annoncé, vendredi 12 novembre, son retour en Côte d'Ivoire pour la semaine prochaine, « vu l'urgence de la situation ». « Je reste candidat à la présidentielle et je remplis toutes les conditions d'éligibilité », a-t-il déclaré.

Profitant à son arrivée d'un contexte socio-économique difficile et de la baisse de popularité du chef de l'Etat, Henri Konan Bédié, M. Ouattara est apparu à nombre d'Ivoiriens comme une alternance crédible. Avant son retour, il était déjà crédité de 23 % d'intentions de vote, selon un sondage confidentiel établi par la Sofres, contre 24 % pour l'opposant de toujours, le socialiste Laurent Gbagbo, et 40 % pour M. Bédié.

Les coups portés au RDR n'ont pas pour le moment déclenché de véritable fronde dans le pays. Certes, le 27 octobre, des bus ont brûlé à Abidjan, la préfecture de Korogho, au nord du pays, a été en partie incendiée et des marches ont été organisées dans toutes les villes de province. Un militant du RDR est mort, voici une semaine, après une altercation à Daloa (Ouest) avec les forces de l'ordre. Mais le pays, sous haute surveillance policière et militaire, est resté relativement calme à l'annonce du verdict.

Fabienne Pompey


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