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Le Caire durcit le ton face aux défenseurs des droits de l'homme

 
Alexandre Buccianti mediateur@lemonde.fr
Mis à jour le mercredi 16 février 2000

LE CAIRE de notre correspondant

Sept des principales organisations internationales de défense des droits de l'homme ont condamné, mardi 15 février, la décision du parquet égyptien de déférer le secrétaire général de l'Organisation égyptienne des droits de l'homme (OEDH), Hafez Abou Séeda, devant la cour d'urgence du tribunal de la sécurité de l'Etat.

Les organisations, parmi lesquelles la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Amnesty International et Human Rights Watch, estiment que la mesure, annoncée le 13 février, est liée aux critiques de l'organisation égyptienne contre les violations des droits de l'homme dans la vallée du Nil. M. Abou Séeda encourt une peine de sept à quinze ans de prison ferme de la part d'un tribunal dont les verdicts sont sans appel.

Le responsable de l'OEDH est accusé d'avoir enfreint l'article 2 du décret militaire de 1992 destiné à « combattre le terrorisme », qui interdit de demander ou de recevoir des donations sans l'accord préalable des autorités. L'hebdomadaire « indépendant » Al  Ousbou' avait accusé, en novembre 1998, l'OEDH d'avoir reçu 25 000 dollars de l'ambassade du Royaume-Uni au Caire comme « prix » honorifique pour un rapport rédigé sur les incidents entre coptes et policiers, survenus à El Kocheh. L'OEDH avait publié en septembre 1998 un dossier accusant les forces de sécurité d'avoir pratiqué, à large échelle, des actes de brutalité contre la population de cette ville de 30 000 habitants à majorité copte, troublée par l'assassinat de deux des siens.

M. Abou Séeda avait été placé en garde à vue pendant six jours en décembre 1998, accusé d' « avoir reçu des fonds de l'étranger pour porter atteinte aux intérêts vitaux du pays ». Selon l'OEDH, il ne s'agissait que d'une aide versée par le comité des droits de l'homme de la Chambre des communes britannique, conformément à un projet convenu depuis 1995 pour fournir une aide légale aux femmes et handicapés des quartiers déshérités.

Le secrétaire général de l'organisation avait été libéré sous caution et l'affaire semblait classée. L'inculpation a été réactivée à la veille de la publication par l'OEDH d'un autre rapport sur les nouveaux incidents mettant aux prises coptes et musulmans qui, en début d'année, ont fait 21 morts (dont 20 coptes) dans la même ville. La décision de le traduire en justice vise, selon M. Abou Séeda, à « intimider » l'OEDH. Le rapport de 120 pages publié le 14 février accuse notamment la police de « laxisme », les forces de sécurité étant restées cantonnées dans le centre du village pendant la flambée de violence.

« ORGANISATION EN GESTATION »

L'OEDH estime que l'inculpation de son responsable vise aussi à empêcher l'organisation de légaliser sa situation (depuis sa création en 1985, l'OEDH n'a jamais été officiellement reconnue et n'est tolérée que comme « organisation en gestation ») conformément à la nouvelle loi sur les organisations non gouvernementales (ONG).

Cette loi controversée, adoptée en mai 1999 par l'Assemblée égyptienne, où le gouvernement jouit d'une écrasante majorité (96 % des 454 sièges), limite fortement la marge de manoeuvre des organisations de défense des droits de l'homme et prévoit des peines de prison pour les contrevenants. Les autorités ont déjà interdit en septembre les publications de l'OEDH. Le ministère des affaires sociales, dont dépendent les ONG, pourrait aujourd'hui profiter de l'inculpation du secrétaire de l'OEDH pour rejeter sa demande de légalisation.

Alexandre Buccianti



Le Monde daté du jeudi 17 février 2000

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