Un « programme de rapatriement-réintégration » des réfugiés afghans d'Iran a été conclu entre le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et le gouvernement iranien, a appris Le Monde auprès de l'organisation Médecins sans frontières (MSF), dont une mission travaille auprès de ces réfugiés depuis 1998. La mise à exécution de ce projet est prévue pour le 8 avril et doit s'étaler sur six mois. Le document doit être signé incessamment.
Après avoir atteint des sommets (4,5 millions à 5 millions de personnes) au plus fort de la crise dans leur pays, le nombre des réfugiés afghans en Iran - principalement des Tadjiks et des Hazaras - s'élève à 1,5 million de personnes environ, estimation officieuse, le HCR étant lui-même dubitatif quant à son exactitude, du fait que plus de la moitié sont clandestins, et que le flux continue. Quelque 5 % d'entre eux vivent dans une vingtaine de camps de réfugiés, où les autorités iraniennes ont mis en place l'infrastructure nécessaire à une vie décente, mais où ils demeurent sous surveillance. La concentration la plus importante se trouve dans et autour de la ville sainte de Machhad, où MSF a installé une clinique en partenariat avec le ministère iranien de la santé.
D'après Abdel Rahman Ghandour, chef de la mission de MSF en Iran, le « programme » convenu entre le HCR et l'office des étrangers et de l'immigration étrangère (Bafia, Bureau of Aliens and Foreign Immigration Affairs) au ministère iranien de l'intérieur, et approuvé par les Talibans qui tiennent le pouvoir à Kaboul, est en deux volets : le premier vise à faciliter le rapatriement de ceux des réfugiés qui le souhaitent et le second porte sur la régularisation de la situation de ceux qui ont des raisons légitimes de craindre un retour dans leur patrie. Les trois seules organisations non gouvernementales (ONG) étrangères travaillant auprès des Afghans d'Iran ont été consultées. Il s'agit de MSF, et de deux petites ONG britanniques, Ockenden International et Iranian Refugee Aid Council. Une campagne d'information sera lancée dans tous les médias iraniens, dans les mosquées, dans les centres des ONG internationales et locales, sans compter le bouche-à-oreille.
TRANSPORT ET DOCUMENTS
Pour faciliter le retour volontaire chez eux, très précisément dans leur région d'origine, des Afghans aujourd'hui en Iran, le HCR, explique M. Ghandour, assurera le transport gratuit jusqu'à destination, fournira les documents nécessaires pour traverser, sans être inquiétés, les territoires iranien et afghan. Une fois arrivés à destination, ils se verront accorder l'équivalent en afghanis de 40 dollars (autant d'euros), et 50 kilos de farine.
Des « critères très larges » ont été retenus pour la régularisation. Sont concernés les chefs de famille, les orphelins, les malades, les minorités, les étudiants et, de manière générale, les femmes et les enfants. Les intéressés devront passer devant des commissions d'audition mixtes HCR-Bafia. Le problème, note M. Ghandour, tient au fait que ce sont des Iraniens qui auditionneront les candidats et non des personnels internationaux expatriés. Nul ne sera là pour les aider à se défendre. Une commission d'appel est prévue, mais elle sera elle aussi mixte HCR-Bafia. Tous ceux qui ne se seront pas présentés seront relégués dans une situation encore plus précaire qu'actuellement. Côté pile, « ceux qui auront répondu aux critères requis auront enfin une légitimité, le droit de rester en Iran avec des documents qui les protègent et de vivre normalement, éventuellement dans des provinces qui seront désignées par les autorités iraniennes, mais en milieu ouvert ».
La majorité des réfugiés sont sans papiers. Depuis les années 1991-1992 en effet, pour des raisons qui ont tenu à la crise économique et au chômage consécutifs à la fin de la guerre entre l'Iran et l'Irak, à une poussée de xénophobie et de nationalisme, le gouvernement et les citoyens iraniens se sont raidis. Les autorités ont cessé de délivrer les cartes bleues intemporelles, qui conféraient à leurs détenteurs un statut de protégés, ce qui, précise M. Ghandour, leur donnait certains droits : se marier, scolariser leurs enfants, bénéficier des soins médicaux accordés aux Iraniens. Certains détenteurs se sont même vu retirer leurs cartes et ont été reconduits à la frontière. Or, en Afghanistan, la situation a continué à se dégrader et le flux des réfugiés s'est accentué. Nombreux sont aussi ceux qui sont venus en Iran pour des raisons économiques.
UNE TRÈS GRANDE PRÉCARITÉ
Ces populations, souligne M. Ghandour, vivent dans un état de très grande précarité, trouvant des emplois très mal rémunérés, principalement dans le bâtiment, sans couverture sociale ni médicale. Une mafia de passeurs, afghans et iraniens, s'est constituée, souvent liée au trafic de drogue , qui assure leur entrée en Iran. Chaque candidat à l'exil doit payer l'équivalent de 130 dollars, somme très importante pour des populations déjà financièrement vulnérables, surtout lorsqu'il s'agit de familles, ou lorsque certains en sont à leur cinquième tentative. Certains passeurs ont mis en place un système à crédit et assurent le passage d'une famille jusqu'à une destination précise, tout en gardant l'un de ses membres en otage jusqu'au paiement de la totalité de la somme, raconte M. Ghandour.
Malgré cette vulnérabilité, les estimations du nombre d'Afghans qui souhaiteraient bénéficier de l'une ou l'autre facilité du HCR-Bafia sont de l'ordre de 50 000 seulement pour les rapatriés volontaires et d'une centaine de milliers à 500 000 pour ceux qui réclameraient une régularisation.


