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La dégradation de la situation au Kosovo suscite des tensions dans la KFOR

De nouveaux affrontements à Mitrovica ont fait douze blessés, cinq militaires français et sept manifestants serbes. Touché par balle, un soldat russe est mort à Srbica. Une résurgence de l'UCK est apparue en zone américaine. Pour Kofi Annan, la violence au Kosovo est devenue « intolérable »
 
Mis à jour le samedi 4 mars 2000

À MITROVICA, à la frontière administrative avec la Serbie, dans la vallée de la Drenica... La situation se dégrade dangereusement au Kosovo, où la force internationale de paix (KFOR) peine à imposer sa loi, huit mois après son déploiement. Dans un rapport au Conseil de sécurité, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a reconnu, vendredi 3 mars, que le niveau de violence est « intolérable » dans la province. Les progrès enregistrés par l'administration provisoire de l'ONU (Minuk) « ne sont pas encore irréversibles, et le risque de nouvelles violences, voire de leur propagation dans le sud de la Serbie, reste une véritable possibilité », note M. Annan.

Cette sombre perspective était malheureusement confirmée, au même moment, par les violences qui se déroulaient dans la ville partagée de Kosovska Mitrovica (Mitrovica en albanais), principal point de cristallisation des haines interethniques. Une nouvelle fois, des heurts y ont opposé des militaires français de la KFOR à des centaines de Serbes en colère, qui s'opposaient au retour de familles albanaises dans la partie nord de la ville, peuplée à 90 % de Serbes. Si 41 personnes ont finalement regagné leur domicile, ce ne fut que sous haute protection militaire et après des affrontements avec la population serbe qui ont fait au moins une douzaine de blessés, dont cinq militaires français. En fin d'après-midi, de nouveaux incidents ont éclaté quand environ 200 Serbes ont essayé de franchir le dispositif de sécurité mis en place autour des trois immeubles dans lesquels venaient d'être reconduits les Albanais. Une porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), Paula Ghedini, a fait part des réserves de son organisation quant à cette opération, organisée par la KFOR et la Minuk, estimant que « sécurité veut dire plus que protection physique ».

Mitrovica n'est pas le seul point noir de la région. Ainsi, un soldat russe est mort, jeudi, après avoir été touché par balle, mardi, dans la ville de Srbica, au coeur de la Drenica, le fief des indépendantistes albanais de l'ancienne Armée de libération du Kosovo (UCK).

  « CLIMAT EXPLOSIF »

Surtout, la situation le long de la frontière administrative avec la Serbie - où les incidents se multiplient - ne cesse d'inquiéter. Des témoignages font état de la création d'une mystérieuse Armée de libération de Precevo, Bujanovac et Medvedja (UCPBM), du nom des trois localités peuplées majoritairement d'Albanais mais situées en territoire serbe. Selon le quotidien de Pristina Zeri, des hommes armés, en uniformes ornés d'insignes ressemblant à ceux de l'ex-UCK, patrouilleraient dans la bande de cinq kilomètres longeant la frontière côté serbe, et théoriquement démilitarisée. Le maire (albanais) de Precevo, Riza Halimi, a reconnu l'existence de cette UCPBM, apparue selon lui pour la première fois le 4 février, tout en affirmant ignorer qui en fait partie et de combien d'hommes elle dispose.

Jeudi, le HCR parlait de « climat explosif dans la région de Precevo [où] des déplacés de souche albanaise ont fait état d'actes de harcèlement par la police et l'armée serbe ». Selon le HCR, 5 000 à 6 000 Albanais auraient déjà fui la région de Precevo, Bujanovac et Medvedja depuis juin, sur une population albanaise de 60 000 à 70 000 personnes.

Ch. Ct



Le Monde daté du dimanche 5 mars 2000

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