Accueil Le Monde
Publicité sur le web
tout.lemonde.fr > info.lemonde.fr > International > Afrique

Format pour impression

Envoyer par mail



 
Un rapport critique sur les droits de l'homme en Algérie publié avant la visite de M. Bouteflika à Paris

La FIDH demande la vérité et la justice pour les familles des victimes : le président algérien Bouteflika est attendu à Paris mercredi 14 juin pour une visite officielle de quatre jours. La Fédération internationale des droits de l'homme a rendu publiques, lundi 12 juin, les conclusions préliminaires d'une mission en Algérie. La FIDH insiste sur le besoin de vérité et de justice exprimé d'un bout à l'autre du pays et critique le mécanisme de la « concorde civile » instaurée par le pouvoir.
 
Mis à jour le mercredi 14 juin 2000

À LA VEILLE de l'arrivée en France du président algérien Abdelaziz Bouteflika, la Fédération internationale des droits de l'homme a rendu publiques, lundi 12 juin, les conclusions préliminaires de la mission qu'elle a effectuée en Algérie du 29 mai au 9 juin. La FIDH se félicite d'avoir été autorisée à renouer le contact avec ce pays après trois années d'interdiction, mais elle dresse un état des lieux assez éloigné des appréciations positives d'Amnesty International, il y a dix jours.

Entouré de deux des membres de la mission, Driss El Yazami, son secrétaire général, et Sioban Ni Chulachain, avocate irlandaise, Me Patrick Baudoin, le président de la FIDH, a déploré que « les conditions de bienveillance que l'on réserve en règle générale à des invités ne [leur] aient pas été réservées ». Les membres de la mission en donnent pour preuve « la campagne de presse virulente et assez vile » dont ils ont été la cible, ainsi que la surveillance constante dont ils ont été l'objet, et qui, selon eux, n'avait aucune justification sécuritaire. « Il y avait des micros dans nos chambres d'hôtel. On en a eu une confirmation flagrante quand Driss El Yazami et moi avons retrouvé un jour dans la presse une conversation privée que nous avions eue la veille au soir », a ainsi relaté d'entrée de jeu Patrick Baudoin.

L'équipe de la FIDH a ensuite détaillé point par point les sujets sur lesquels elle s'est penchée au cours de son périple qui l'a conduite d' Alger à Constantine, Blida et Relizzane notamment.

  « VIOLENCE POLITIQUE »

La FIDH confirme l'amélioration de la situation dans les grandes agglomérations, mais estime que « la violence politique demeure constante et importante » dans de nombreuses régions, et qu'il conviendrait de ne surtout pas la taire. Elle ajoute qu'elle n'a pas reçu, de la part du ministère de l'intérieur, de réponses satisfaisantes à ses questions concernant les groupes de légitime défense (GLD), toujours armés, auxquels il arrive de prêter main forte à l'armée pour ses opérations antiterroristes, « en contradiction flagrante avec leur supposée mission défensive ».

Sur la question de la concorde civile et des bénéficiaires de l'amnistie, la FIDH est encore plus critique. Impossible, souligne-t-elle, de connaître le nombre et le nom des personnes qui ont bénéficié de cette clémence, délivrée en principe par des comités de probation dont elle met en doute le travail. Elle parle de « décisions hâtives, sans examen sérieux des cas », « d'impunité des criminels » et insiste sur le besoin de vérité et de justice exprimé d'un bout à l'autre du pays, auquel elle estime que le pouvoir algérien ne répond pas. En ce qui concerne les disparus (estimés à 10 000 au moins), la mission déclare « qu'il n'y a pas une affaire qui ait été élucidée et qu'il n'y a pas de volonté de le faire ». Plusieurs centres de détention et de torture sont toujours en fonction, indique-t-elle, et la justice reste sous contrôle. Quant aux libertés d'association et de réunion, elles ne sont, selon elle, qu'imparfaitement respectées. « Le parti Wafa de Taleb Ibrahimi n'arrive pas à obtenir sa légalisation, a souligné Driss El Yazami, alors qu'il remplit toutes les conditions requises. »

En conclusion, la FIDH s'est interrogée sur l'opportunité de permettre au président Bouteflika de s'exprimer, mercredi 14 juin à la tribune de l'Assemblée nationale française. « On nous dit qu'il est bon qu'une voix algérienne puisse s'exprimer, mais quelle est cette voix ?, a demandé Patrick Baudoin. Celle d'un chef d'Etat qui, lorsque les familles des disparus l'interrogent sur le sort de leurs enfants, se contente de répondre avec une désinvolture inouïe et scandaleuse : »Je ne les ai pas dans ma poche«  » ? L'équipe de la FIDH souligne que « le cri qu'elle veut faire entendre » n'est pas le sien, mais celui du peuple algérien . « Que les responsables français tendent l'oreille et qu'au-delà des beaux discours, insiste-t-elle, ils perçoivent les cris de douleur des familles des victimes qui supplient que vérité et justice soient faites. »

  Florence Beaugé



Le Monde daté du mercredi 14 juin 2000

Retour haut de page

Droits de reproduction et de diffusion réservés; © Le Monde 2000
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.
Politique de confidentialité du site.
 
     Publicité