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Vous avez accusé le GIA (Groupe islamique armé) de l'assassinat de votre mari, pour revenir ensuite sur ces accusations. Que s'est-il passé?
Juste après l'attentat, en juillet 1998, des enquêteurs sont venus m'interroger alors que j'étais encore à l'hôpital. Dans le procès-verbal qu'ils m'ont demandé de signer quelques jours plus tard, une phrase avait été rajoutée: «J'attribue l'attentat au GIA.» J'ai demandé tout bas à ma grande sur: «Je n'ai pas dit ça. Qu'est-ce que je fais?» Ils étaient trois policiers autour de nous. J'avais peur de tout, j'ai laissé passer. Avec mes surs, présentes dans la voiture au moment de l'assassinat, nous avons ensuite été convoquées par le juge d'instruction en octobre 1998. Pendant l'embuscade, j'avais moi-même perdu connaissance plusieurs fois, mais ma sur Ouarda, elle, était sûre de reconnaître formellement deux des assassins. Malgré le danger, nous voulions la vérité. Elle a parlé au magistrat. Je l'attendais à la sortie du palais de justice. Elle m'a fait un signe de la tête: «C'est pas la peine.» Dès lors, nous avons compris que nous n'avions rien à attendre. Durant cette même période, j'ai voulu donner une conférence de presse pour que le peuple kabyle sache ce qui était en train de se passer. Des membres du RCD (parti opposé à toute discussion avec les islamistes, ndlr) tournaient alors en permanence autour de moi. Ils ont commencé les pressions: «Sois raisonnable, dis que c'est le GIA.» Ces gens étaient de vieux amis de mon mari, mais, quelques mois avant son assassinat, Lounès était déçu et furieux contre eux. Ils lui avaient notamment promis un visa français pour moi mais faisaient volontairement traîner le dossier. A nouveau, je n'ai pas eu les moyens de leur tenir tête. A mon arrivée en France, j'ai coupé toute relation avec eux. Pour l'instant, je ne peux pas dire qui a tué Lounès, mais il est clair qu'il y a des commanditaires.
Mais vous semblez avoir encore plus peur aujourd'hui qu'à l'époque.
Je me suis installée définitivement en France en janvier 1999, lorsque j'ai compris que ceux qui approchaient de la vérité seraient éliminés. Quand nous étions encore en Kabylie, un patriote (villageois armé par le pouvoir, ndlr) avait fait parvenir à ma sur Ouarda des photos pour qu'elle tâche d'identifier les assassins. Il avait fait cela de sa propre initiative, parce que nous avions confiance les uns dans les autres, et ma sur avait d'ailleurs reconnu l'un des hommes. Peu après, ce patriote a été retrouvé mort, prétendument tombé d'une fenêtre. Sa maison avait été fouillée. Mes surs et moi, nous ne sommes plus jamais retournées en Algérie depuis. A Paris, je reçois beaucoup d'intimidations, des menaces de mort. Une instruction est d'ailleurs en cours. Je ne sors plus de chez moi à moins d'y être obligée. Alors que nous n'avions plus de nouvelles du dossier depuis plus d'un an et demi, la justice algérienne a organisé une reconstitution en juin. Nous n'y sommes pas allées pour des raisons médicales. De toute façon, ce n'est pas sérieux: la voiture dans laquelle nous nous trouvions n'a, par exemple, même pas été mise sous scellés. En avril dernier, j'ai publié en France un livre sur Lounès et moi (1). Cela fait deux mois et demi qu'il est bloqué à la douane algérienne. Est-ce une censure?
Pensez-vous que la vérité sera un jour connue?
J'en suis sûre. Cela prendra peut-être du temps, sans doute une enquête indépendante du pouvoir algérien aiderait les choses. Mais je ne ferai mon deuil que ce jour-là.
(1) Pour l'amour d'un rebelle, éd. Robert Laffont. Par Un peu plus d'un millier de personnes ont néanmoins réussi à se rassembler en trois groupes qui entendaient se diriger vers la présidence de la République en scandant: «Pouvoir et alliés assassins», «vérité et justice pour Lounès», ainsi que des slogans contre le chef de l'Etat Abdelaziz Bouteflika.
Des échauffourées ont éclaté quand l'un d'entre eux a voulu forcer le dispositif qui tentait de le cantonner sur la place de la Concorde-Civile (ex-1er-Mai). «A bas la répression, liberté d'expression», criaient les manifestants en ripostant par des jets de pierre au matraquage des brigades antiémeutes qui a fait plusieurs blessés, dont la députée Dalila Taleb.
Auparavant à Tizi-Ouzou, une centaine de personnes étaient interpellées au cours de brefs incidents près de la gare. Une manifestation de plusieurs milliers de personnes a aussi eu lieu à Taourirt Moussa, le village de Lounès.
La fondation Matoub a lancé, par ailleurs, un appel à des manifestations le 28 juin dans toute la Kabylie pour exiger la «vérité» sur la mort du chanteur, la reconnaissance de la langue tamazight (berbère) et «contre la dictature».
A Paris, ils étaient de 1 500 à 2 000 à célébrer cet anniversaire place de la République aux cris de: «Le silence tue, l'impunité aussi.» «Qui a tué Matoub, on veut savoir», proclamaient les banderoles. «Nadia, Malika, Aldjia, ces trois femmes sont aujourd'hui malmenées, diffamées et menacées», lancera l'un des orateurs dans une allusion à la femme du chanteur, qui conteste (lire ci-dessus), ainsi que sa sur et sa mère, la version de son assassinat, attribué officiellement aux Groupes islamistes armés.