C'EST UNE AFFAIRE comme savent en concocter les Machiavels de la faction la plus dure du pouvoir en Iran : deux des plus respectés avocats de la République islamique, Chirine Ebadi et Mohsen Rahami, ont été arrêtés, mercredi 28 juin, et placés en détention provisoire. D'après la version officielle, ils seraient mêlés à une affaire de « fausses cassettes vidéo » accusant des personnalités du régime d'être impliquées dans des activités terroristes.
L'affaire des « fausses cassettes vidéo » est un nouvel épisode de la guerre que les durs livrent aux partisans du changement et des scandales qui couvent au sein du pouvoir iranien. Karim Lahidji, président de la Ligue pour la défense des droits de l'homme en Iran (LDDHI), la résume ainsi : quelque temps après la révolte des étudiants de juillet 1999, le dénommé Amir Farchad Ebrahimi, qui est l'un des responsables de l'organisation ultraviolente des Ansar-e-Hezbollah (Compagnons du Parti de Dieu) - auteur de l'attaque contre les dortoirs de l'université de Téhéran - était allé confier son « repentir » à Mme Ebadi, avocate célèbre dans son pays et à l'étranger, militante très efficace et courageuse des droits de l'enfant et de ceux de la femme dans le respect de l'islam.
Toujours selon M. Lahidji, Mme Ebadi, qui est l'avocate de la famille de l'un des étudiants victimes de l'attaque des Ansar-e-Hezbollah, en a informé son collègue, l'hodjatoleslam Rahami, défenseur d'une autre victime de la même attaque. Ensemble, ils ont enregistré la déposition d'Ebrahimi, dans laquelle ce dernier a révélé les identités de dirigeants impliqués dans des actes de violence.
Au nombre de ces violences, une agression physique dont ont été victimes le ministre de la culture, Ataollah Mohadjarani, et l'ancien ministre de l'intérieur, Abdollah Nouri, aujourd'hui en prison pour pensée politiquement non correcte. Les hezbollahis envisageaient également, selon lui, un attentat contre le vice-ministre de l'intérieur, Ali Tajzadeh. Les deux avocats transmirent une copie de l'enregistrement à M. Tajzadeh, qui la fit parvenir au ministère des renseignements. La machine s'est alors emballée. Des copies trafiquées de la cassette se sont retrouvées sur le marché par les bons soins du ministère des renseignements, ajoute M. Lahidji. Arrêté, M. Ebrahimi a affirmé qu'il avait fait ses « confidences » à l'instigation de Mme Ebadi et de M. Rahami.
FERMETURE D'UN QUOTIDIEN
Convoquée une première fois, mercredi 21 juin, par le tribunal révolutionnaire de Téhéran, où elle a été entendue pendant trois heures, Mme Ebadi avait été laissée en liberté, sans doute, note le président de la LDDHI, parce qu'une délégation européenne effectuait alors une visite en Iran.
Dès sa sortie, Mme Ebadi avait néanmoins adressé une lettre au chef du pouvoir judiciaire, l'ayatollah Mahmoud Hachémi Chahroudi. Son affaire, ainsi que celle de M. Rahami sont survenues quarante-huit heures après la mise en détention provisoire de l'opposant Ezatollah Sahabi et de la fermeture, pour une durée indéterminée, du quotidien Bayan, dix-huitième titre proche des réformateurs à subir un tel sort en l'espace de deux mois.




