C'EST UN VERDICT très lourd qu'a prononcé, lundi 18 septembre, la Cour de sûreté de l'Etat jordanien contre des islamistes : huit condamnations à mort - dont deux ont aussitôt été commuées en travaux forcés à perpétuité - pour préparation d'attentats terroristes. Quatorze autres prévenus se sont vu infliger des peines allant de sept ans et demi à quinze années de prison. Six accusés ont été acquittés. La Cour n'a toutefois pas retenu l'accusation d'affiliation à l'organisation El Qaeda (la base), nébuleuse de formations extrémistes de diverses nationalités, dirigée par l'islamiste d'origine saoudienne Oussama ben Laden.
Les condamnés à la peine de mort - dont six par contumace - peuvent faire appel. Si leur peine est confirmée, elle ne devient exécutoire qu'après l'accord du roi. La peine capitale n'est pas chose rare en Jordanie. D'après l'organisation de défense des droits de l'homme Amnesty International, elle a été prononcée contre « plus de vingt personnes » en 1999. « Douze ont été exécutées, dont quatre en l'espace d'une semaine au mois de juin, dès la fin de la période de deuil suivant la mort du roi Hussein. » Toujours d'après Amnesty, les procès des prisonniers accusés de délits politiques devant la Cour de sûreté de l'Etat « ne respectaient pas les normes internationales d'équité ». « Quelques cas de torture ou de mauvais traitements » ont été signalés. Les peines de mort prononcées lundi paraissent d'autant plus inexplicables que les condamnés ne sont pas passés à l'acte.
Les vingt-huit condamnés - dont douze étaient jugés in abstentia - étaient accusés de faire partie d'un réseau ayant des liens avec le millionnaire en dollars Oussama Ben Laden, devenu la bête noire de très nombreux gouvernements, en particulier des Etats-Unis, qui le considèrent comme le principal financier du terrorisme à connotation islamiste dans le monde. Mais les trois juges de la Cour ont estimé qu'il n'existait pas de preuves d'une telle appartenance. D'après le président du tribunal, le colonel Tayel Raqad, ceux des condamnés qui se sont vu infliger la peine capitale « avaient la ferme intention de lancer des attaques terroristes contre des intérêts américains et juifs » en Jordanie. Les accusés ont plaidé non coupable.
LIEUX TOURISTIQUES
Les treize premières arrestations - onze Jordaniens, un Irakien et un Algérien - avaient eu lieu vers la mi-décembre 1999. Les autorités avaient alors affirmé qu'il s'agissait d' « Afghans », appellation générique donnée, quelle que soit leur nationalité, aux combattants qui avaient participé à la guerre de libération de l'Afghanistan après l'invasion de l'armée rouge en 1979. Ils étaient soupçonnés de préparer des attentats contre des lieux touristiques - dont l'un des sites présumés du baptême de Jésus, à Wadi Kharrar, près de la rive est du Jourdain, et au mont Nebo, au sud d'Amman, qui abrite la tombe de Moïse et d'où, par temps clair, il est possible de voir distinctement la mer Morte, la Cisjordanie, le Jourdain, Bethléem et Jérusalem. Autrement dit deux sites très fréquentés par les touristes, surtout à l'occasion des fêtes de fin d'année.
Il y eut ensuite d'autres arrestations, au nombre desquelles un Jordanien extradé par le Pakistan à la demande d'Amman. Les talibans, qui contrôlent la plus grande partie de l'Afghanistan et auprès desquels Oussama Ben Laden a trouvé refuge, avaient arrêté quelques semaines auparavant deux Jordaniens accusés d'espionner ce dernier pour le compte d'une « partie étrangère ». L'un d'eux, surnommé Aboul Moubtassem, qui aurait avoué travailler pour le compte d'Israël, aurait été condamné à mort et exécuté fin décembre 1999.
Depuis le début de l'année, une véritable psychose du « danger » Ben Laden s'est emparée de plusieurs pays. Les Etats-Unis ont mis en garde leurs ressortissants dans certains Etats du Proche-Orient contre les risques d'attentats. Le service de sécurité intérieure israélien, le Shin Beth, affirme avoir, lui aussi, arrêté, en coopération avec la sécurité palestinienne, vingt-trois personnes, dont certaines seraient liées à Oussama Ben Laden.
A une quinzaine de jours de l'ouverture des Jeux olympiques de Sydney, la police australienne a désigné le même Ben Laden comme le commanditaire d'un projet d'attentat contre un réacteur de recherches nucléaires situé à proximité de la ville. L'ombre de Ben Laden se profilerait également derrière les islamistes d'Ouzbékistan.
Les deux attentats les plus meurtriers qui aient jamais été attribués au millionnaire islamiste sont ceux qui ont visé en août 1998 les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie (224 morts). Mais c'était déjà vers l'islamiste d'origine saoudienne qu'était remontée l'enquête sur l'explosion au World Trade Center de New York, en février 1993 (six morts).
Un manuel de terrorisme
Les services de renseignement américains ont obtenu une copie sur CD-ROM d'un ouvrage volumineux détaillant la formation reçue par les recrues du présumé terroriste saoudien Oussama Ben Laden en Afghanistan, a rapporté, lundi 18 septembre, le quotidien USA Today. L'ouvrage de mille pages en six volumes, intitulé l' Encyclopédie, décrit en arabe comment recruter, se servir d'armes à feu, conduire des opérations terroristes comprenant des assassinats et assembler des bombes du type de celles utilisées en 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam, ont indiqué au quotidien des hauts responsables du renseignement. Il aurait été remis à l'Agence centrale de renseignement (CIA) et au Bureau fédéral d'investigation (FBI) par la Jordanie, qui l'aurait saisi sur l'un des seize hommes arrêtés en décembre 1999 et suspectés de planifier des attentats à l'occasion du Nouvel An. - (AFP.)




