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De graves exactions ont été commises par les forces de l'ordre en Côte d'Ivoire

Un report des élections législatives de dimanche n'est pas exclu.
Les violences à Abidjan ont fait une vingtaine de morts depuis lundi et 340 personnes ont été interpellées, a indiqué mercredi soir 6 décembre, le ministre de l'intérieur, Emile Boga Doudou. Le ministre s'est dit favorable à un « dialogue sincère » avec les responsables du Rassemblement des républicains (RDR) de Alassane Ouattara alors qu'un report des élections législatives de dimanche n'est plus exclu.
Mis à jour le jeudi 7 décembre 2000

ABIDJAN, de notre envoyé spécial Stephen Smith

Le retour au calme à Abidjan, mercredi 6 décembre, a permis de constater de graves exactions commises par les forces de l'ordre pendant les deux jours d'émeutes politiques au début de la semaine. Des rafles policières, parfois nocturnes, ont visé des étrangers ou des ressortissants originaires du nord de la Côte d'Ivoire. A ces deux catégories de personnes, qui ont souvent été assimilées, a été imputée une allégeance « naturelle » à l'égard d'Alassane Ouattara, l'ancien premier ministre interdit de se présenter aux législatives, prévues pour dimanche, en raison de sa « nationalité douteuse ». Des exécutions sommaires ont eu lieu au cours des opérations.

Les familles des personnes emmenées « vers une destination inconnue » sont d'autant plus inquiètes que la répression a ravivé le traumatisme du 26 octobre lorsque, au lendemain de l'élection présidentielle remportée par le socialiste Laurent Gbagbo, des affrontements entre les forces de l'ordre et les partisans du nouveau chef de l'Etat, d'un côté, et les militants d'Alassane Ouattara, de l'autre, avaient fait de nombreux morts. Par la suite, un charnier contenant 57 cadavres avait été mis au jour dans un faubourg d'Abidjan.

Dénoncés par leurs voisins, des « étrangers » ont été surpris chez eux

De nombreux témoignages, concordants, attestent un scénario qui s'est répété lundi et mardi dans plusieurs quartiers d'Abidjan. Dénoncés par leurs voisins, des « étrangers » ont été surpris chez eux, dans leur maison ou dans des cours communautaires, où les forces de l'ordre ont fait irruption, l'arme à la main. Des vérifications d'identité, souvent accompagnées de brutalités et, parfois, de vols, ont abouti au tri des partisans supposés d'Alassane Ouattara, la simple consonance « nordiste » du nom suffisant comme critère de sélection. « Ils étaient très nerveux, ils ont crié et, un moment, ils ont tiré dans le tas », affirme une habitante à Abobo en montrant les corps de deux hommes, criblés de balles. A la mosquée du quartier, la découverte d'une « cache d'armes » aurait entraîné l'exécution de trois hommes dont les corps ont été emportés. Les violences ont été extrêmes à l'égard d'immigrés ouest-africains, notamment à Port Bouët II, où cinq cadavres – dont celui d'une femme – témoignaient de la terreur nocturne. A Adjamé, dans la nuit de mardi à mercredi, une casse automobile et les quelque 200 boutiques des ferrailleurs, la plupart d'origine étrangère, ont été incendiées par des policiers. Selon le ministre de l'intérieur, Emile Boga Doudou, il s'agissait de détruire « un nid de voleurs ».

Mercredi soir, le ministre a avancé le bilan d'une vingtaine de morts et de 340 personnes interpellées qui, a-t-il affirmé, seront incessamment traduites en justice. Dans l'après-midi, trois dirigeants du Rassemblement des républicains (RDR), le parti d'Alassane Ouattara, avaient déjà été déférés en justice et écroués, sans précision du chef d'inculpation. Parmi eux se trouve un fils de la secrétaire générale du RDR, Henriette Diabaté, Aux yeux de sa mère, il est un « otage du pouvoir ».

Des tractations sur un éventuel report du scrutin législatif de dimanche se sont néanmoins poursuivies. Si la date des élections était reculée, une démarche judiciaire pour revenir sur l'invalidation de la candidature d'Alassane Ouattara par la Cour suprême serait entreprise par le RDR. Le bureau politique du parti, dont une réunion est prévue jeudi 7 décembre, pourrait lancer un appel au calme et lever son mot d'ordre de boycottage des urnes. Le 7 décembre, jour de fête nationale en Côte d'Ivoire, est propice à un début de réconciliation nationale, a estimé, mercredi soir, un dirigeant du RDR, ajoutant : « De toute façon, il serait indécent d'enjamber tous ces morts pour aller aux élections. »



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