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Le président Bouteflika fragilisé par la nouvelle vague de massacres en Algérie

En moins d'une semaine, une centaine de civils ont trouvé la mort dans des tueries et des attentats. Ce regain de violence, attribué aux Groupes islamiques armés (GIA), accentue les tensions politiques entre le chef de l'Etat, les partis « éradicateurs » et les militaires.
Mis à jour le jeudi 21 décembre 2000

LE NOUVEAU cycle de massacres de civils en Algérie enclenché, samedi 16 décembre, par le meurtre de seize lycéens dans le dortoir d'un lycée, à Médéa, ne connaît pas de répit. Quinze autres personnes, dont des enfants, ont été tuées, entre mardi et la soirée de mercredi, principalement dans le centre-ouest du pays, où la peur et la suspicion se sont à nouveau installées.

Le bilan des tueries attribuées aux Groupes islamiques armés (GIA) de Antar Zouabri, pourtant donné pour mort à maintes reprises par la presse algérienne, s'établit à plus de 100 personnes massacrées en cinq jours et près de 300 depuis le début du ramadan, fin novembre. La petite ville côtière de Ténès a été particulièrement meurtrie par deux massacres successifs. Dimanche, le mitraillage d'un bus à la sortie de la ville avait fait 19 morts. Le lendemain, 22 personnes ont été assassinées dans le douar voisin de Ouled Mahieddine.

Cette vague de tueries remet en avant la nébuleuse des GIA, qui « ciblent » les civils, contrairement à leurs adversaires du Groupe salafiste de la prédication et du combat (GSPG) de Hassan Hattab, très actif contre les forces de sécurité ces dernières semaines, et qui s'est forgé l'image d'une opposition armée dont les cibles privilégiées sont les hommes en uniforme.

FORTES CRITIQUES

Alors que la peur, voire la panique, s'installent dans les régions ouest du pays mais également dans la Mitidja, la vaste plaine au sud de la capitale, les pouvoirs publics et les médias gouvernementaux font preuve d'un mutisme qui alimente les critiques de la presse privée. Le climat n'est pas sans rappeler celui qui régnait en 1997 au lendemain de la vague de massacres collectifs de civils. Les réflexes d'autoprotection, souvent dérisoires, reviennent dans les régions touchées. Les questions sur la capacité des groupes armés à agir et à se perdre rapidement dans la nature aussi.

Le quotidien La Tribune se fait l'écho de ces interrogations et de cette perplexité. Il estime que « la mobilité des groupes terroristes et leur capacité de nuisance sont pour le moins étonnantes après les massacres perpétrés à Ténès. Ce qui est encore plus étrange, c'est l'usage par les terroristes des armes à feu et leur recours aux assassinats par balles alors que leurs réseaux de soutien logistiques, notamment à l'étranger, ont été presque anéantis. Où les terroristes ont-ils bien pu se procurer ces munitions et autres armes sophistiquées comme les silencieux qui auraient servi dans l'assassinat des 19 personnes à Ténès ? ».

Le président Bouteflika est en train d'essuyer les plus fortes critiques depuis le début de son mandat, en avril 1999 . La plupart des journaux ont décrété l'échec de la politique de « concorde civile ». Le climat politique a d'autant plus tendance à s'alourdir que les pouvoirs publics et les médias gouvernementaux demeurent de marbre. « Le silence des pouvoirs publics n'arrange pas les choses et nourrit l'angoisse des populations vivant dans des zones à risque, souligne La Tribune. Il faut entendre la campagne algérienne, particulièrement endeuillée au cours des ces années sanglantes et les périphéries des villes ».

« CRIMES INQUALIFIABLES »

Les critiques fusent des rangs même des partis membres de la coalition gouvernementale dont le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Saïd Sadi et l'Alliance nationale républicaine (ANR) de l'ancien chef de gouvernement, Redha Malek. Alors que le premier a déclaré que « on ne peut plus s'accommoder des atermoiements du pouvoir », le second exige d'Abdelaziz Bouteflika « un message fort, condamnant sans équivoque ces crimes inqualifiables et rappelant la volonté de l'Etat d'éradiquer, une fois pour toutes le terrorisme islamiste ». Un autre ex-chef de gouvernement, Sid Ahmed Ghozali, a mis en cause la politique de M. Bouteflika. « On ne peut pas réaliser la concorde en violant la loi, accuse-t-il. On a promis la concorde civile pour les Algériens, mais on n'a rien fait pour atteindre cet objectif. Contrairement, il y a eu l'inverse. Le discours politique cherche à taire ces massacres et cela est un acte encore plus odieux ».

La réaction la plus virulente est venue du chef du Mouvement démocratique et social (MDS), une petite formation d'anciens communistes très influente dans les médias privés. Pour le secrétaire général du MDS, Hachémi Cherif, M. Bouteflika « sert le terrorisme ». « L'Etat est celui de la forfaiture, il est démissionnaire, et, en conséquence, il faudra réagir », ajoute M. Cherif.

Face à cette levée de boucliers, les pouvoirs publics semblent tentées de rétablir l'imprimatur sur les informations sécuritaires tel qu'il existait naguère. Dans une déclaration à la BBC, le ministre de la communication, Mahiedine Amimour, a annoncé la prochaine mise en place de « mécanismes de gestion de l'information sécuritaire par la presse nationale » afin, dit-il, de mettre fin aux tentatives de « certaines parties identifiées, qui profitent de la détérioration de la situation sécuritaire ». L'intention de l'ancien conseiller à l'information de Houari Boumédiene provoque de multiples protestations dans la presse privée algérienne.

M. Bouteflika a trouvé un défenseur dans le journal Le Jeune Indépendant qui a réagi à un communiqué du syndicat UGTA, appelant à la mobilisation autour de l'armée algérienne. Le journal trouve « désolant » que l'on rende le président « subitement, contre toute logique, responsable des 100 000 morts, du million de victimes, de l'accord passé entre les services de sécurité et l'AIS, de la mauvaise exécution de cet accord, de toutes les choses qui se sont produites avant qu'on fasse appel à lui. Bizarre ! (…)Le peuple qu'on donne pour ignare et quantité négligeable, lui, s'il n'est pas d'accord avec le président sur la politique économique et sociale imprimée au pays, l'appuie incontestablement dans ses efforts visant à replacer l'armée dans son cadre constitutionnel. (…)Tout le monde y gagnera. La nation Algérie en particulier ».

Séquence International




Assassinat de Lounès Matoub : procès reporté sine die

Le procès des assassins présumés du chanteur berbère Lounès Matoub, tué dans une embuscade le 25 juin 1998 sur une route de Kabylie, a été reporté sine die, mercredi 20 décembre, à l'issue d'une brève audience, par la cour de Tizi Ouzou. En présence de deux assassins présumés, la cour a accédé aux voeux de la partie civile, représentée par la mère et la soeur du chanteur, ainsi qu'à ceux de la défense. Les deux inculpés présents, Abdelhakim Chenoui et Malik Medjnoun, ont crié à haute voix, depuis le box des accusés, leur innocence. « C'est de l'injustice, nous sommes innocents », ont-ils lancé au tribunal. Malika, la soeur du chanteur, a dénoncé, à l'issue de l'audience, un « procès monté de toutes pièces ». « Ce n'est pas notre procès ; il a été commandé par El Mouradia [le siège de la présidence de la République à Alger] », a-t-elle ajouté. - (AFP.)




La folle rumeur d'Alger

En début de soirée, mercredi 20 décembre, une folle rumeur a couru dans les rédactions de la capitale algérienne : un attentat a eu lieu contre le cortège du président Bouteflika. Mais impossible de savoir où l'attentat s'était produit, ni à quel moment de la journée, ni s'il y avait des victimes. Lancée au conditionnel par El-Manar, la chaîne de télévision libanaise contrôlée par le Hezbollah qui jouit d'une forte audience en Algérie, l'information s'est vite révélée infondée. A l'origine, il y a sans doute cet accident de la circulation survenu, mardi en fin de matinée, sur la nationale 5 et qui a coûté la vie à quatre gardes du corps de l'ancien président Zeroual. Le véhicule à bord duquel ils se trouvaient avait tenté de dépasser un semi-remorque dans un virage. Informé de l'accident, le prédécesseur de M. Bouteflika s'est rendu à l'hôpital pour saluer les familles des disparus. De là, sans doute, la méprise...





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