Du Rassemblement des forces démocratiques de Guinée (RFDG), ce mystérieux mouvement qui revendique la responsabilité des attaques menées aux frontières du pays, on ne connaît que la voix de Mohamed Lamine Fofana, son porte-parole. Cet homme se manifeste au moyen d'un téléphone satellite. De temps à autre, il contacte la presse pour annoncer des attaques imminentes, comme celle lancée sur Guékédou début décembre.
L'homme sème le trouble dans les esprits. Car tandis que les autorités affirment que les assaillants sont pour l'essentiel des rebelles libériens et sierra-léonais (facilement reconnaissables par l'anglais ou l'américain créolisé, le krio, qu'ils parlent), Mohamed Lamine Fofana affirme que tous les combattants du RFDG sont guinéens. « Notre mouvement est guinéen, a-t-il déclaré au Monde par téléphone. Il a été créé sur le sol de Guinée, il y a un an. Et nous n'avons pas le soutien de Charles Taylor [le président libérien], ni du RUF, ni de personne dans la région. »
A en croire M. Fofana, le RFDG serait un mouvement puissant. Il disposerait de cinq mille combattants, dont des militaires qui ont fui le pays après la mutinerie de 1996. Mais l'identité de son chef est gardée secrète. Le nom de Mohamed Touré – fils de Sékou Touré, qui avait dirigé la Guinée d'une main de fer depuis l'indépendance jusqu'à sa mort en 1984 – est fréquemment évoqué. Mais le porte-parole du RFDG dément que des contacts aient été pris avec lui. « Nous ne savons même pas où il est », affirme-t-il pour balayer les rumeurs.
Selon d'autres sources, il pourrait s'agir du commandant Oularé, ancien chef de l'armée de l'air à Faranah, en Haute-Guinée, en fuite depuis son implication dans une tentative de coup d'Etat contre le président Lansana Conté, en février 1996.
Si le flou persiste sur l'identité des responsables du Rassemblement, l'objectif poursuivi, lui, est clair. « Nous voulons le départ de Lansana Conté et la suppression de son régime, dit M. Fofana. C'est le seul remède à tous les maux de la Guinée. Depuis 1990 jusqu'à maintenant, nous nous sommes battus politiquement et nous avons vu que la solution ne passe pas par les urnes, mais par les armes. Les élections municipales [de juin] ont été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. »
Le RFDG ne cache donc pas qu'il entend prendre le pouvoir par les armes, tout en se présentant comme animé des meilleures intentions démocratiques. « Une fois arrivés à Conakry, anticipe M. Fofana, nous renverserons le président. » « Et le gouvernement transitoire qui sera mis en place organisera des élections pour mettre en place une véritable démocratie », jure le mystérieux porte-parole.
