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Les conservateurs iraniens font interdire le mouvement de Mehdi Bazargan

LE MONDE | 19.03.01 | 12h14

Les durs du régime iranien sont parvenus à faire interdire le mouvement d'opposition de Mehdi Bazargan, le Mouvement pourla libération de l'Iran. A quelques mois des présidentielles, les conservateurs font une démonstration de force et avertissent le président réformateur Mohammad Khatami qu'il faut toujours compter avec eux.

Se sentent-ils plus forts que jamais, ou ont-ils au contraire désormais peur de leur ombre à mesure qu'approche l'élection présidentielle du 8 juin ? Les conservateurs iraniens viennent en tout cas de frapper un grand coup en interdisant purement et simplement le Mouvement pour la libération de l'Iran (MLI), de Mehdi Bazargan, le premier chef de gouvernement de feu l'ayatollah Rouhollah Khomeiny. L'annonce en a été faite, dimanche 18 mars, par la radio officielle, qui a cité un responsable du tribunal révolutionnaire de Téhéran dont elle n'a pas précisé l'identité. "Toutes les activités du Mouvement de la prétendue libération de l'Iran sont interdites et illégales", a-t-il dit. Ses membres sont accusés de chercher à "renverser le régime islamique". Dans un même souffle, quatre publications réformatrices, le mensuel Pyam e Emrouz, Mobien, Jamee Madani et Doran e Emrouz, ont été fermées. Le moment choisi pour ce musellement ne tient sans doute pas au hasard: à partir de lundi, à l'occasion du nouvel an iranien, Nowrouz, le pays tout entier cesse toute activité ou presque pour deux bonnes semaines.
Fondé au début des années 1960 par M.Bazargan, le MLI est à l'heure actuelle la seule formation d'opposition à avoir une assise sociale historique. Il prône l'avènement, par la réforme, d'une démocratie islamique. Son secrétaire général actuel, Ibrahim Yazdi, fut l'un des plus proches collaborateurs de l'ayatollah Khomeiny lors de l'exil du père de la révolution islamique à Neauphle-le-Château. Le MLI n'a jamais été officiellement reconnu parce qu'il refuse le principe du velayat e faqih – l'"omnipotence du Guide" –, qui est au fondement de la République islamique, mais qui est contesté par de nombreux membres de la hiérarchie religieuse chiite, y compris en Iran.

ARRESTATIONS

Jamais légalisé, le MLI n'en était pas moins toléré de plus ou moins bonne grâce, selon la conjoncture intérieure. Ce "handicap" par rapport aux autres formations qui soutiennent le président réformateur Mohammad Khatami l'a placé au premier rang des forces dont la mort politique a été programmée par les purs et durs du régime, lesquels continuent de détenir les principaux leviers du pouvoir, dont la justice. Ces derniers mois, une quinzaine de membres et sympathisants du MLI ont été emprisonnés.
Dimanche, avant l'annonce de l'interdiction du MLI, quatre cents personnalités de la mouvance réformatrice avaient dénoncé, dans une lettre ouverte, les arrestations pour simples convictions politiques. Elles avaient exprimé leur "vive inquiétude" quant au sort de l'un des proches du Mouvement, l'hodjatoleslam Hassan Youssefi Echkevari, emprisonné depuis août2000, dont l'état de santé se serait considérablement dégradé et qui est accusé d'apostasie et de moharebeh ("faire la guerre à Dieu"). Ces accusations sont passibles de la peine de mort. M.Echkevari avait été arrêté pour avoir participé, en avril2000, à la conférence pluraliste organisée à Berlin par l'Institut Heinrich-Böll sur l'avenir de l'Iran.

Mouna Naïm

 

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