Le parti de l'opposant Alassane Ouattara s'impose aux municipales en Côte d'Ivoire
LE MONDE | 29.03.01 | 13h55
Avec les élections municipales du 25 février, la Côte d'Ivoire vient de clore la période de "transition"ouverte par le coup d'Etat militaire de Noël 1999 qui avait entraîné la dissolution des institutions républicaines.
ABIDJAN correspondance
La troisième épreuve électorale a été la bonne : après une présidentielle et des législatives émaillées de violences qui ont fait plusieurs centaines de morts, ce scrutin, dont le bon déroulement était une des conditions posées par les bailleurs de fonds pour reprendre leur aide, s'est déroulé sans troubles majeurs.
Le ministre français délégué à la coopération, Charles Josselin, en a aussitôt tiré les conclusions : "Nous avons toujours dit que, dès lors que le processus démocratique était conduit à son terme et que les Ivoiriens pourraient exercer leur libre choix, sans qu'il y ait rétrécissement de l'offre, la France, en partenariat avec les pays européens et en concertation avec le FMI et la Banque mondiale, est disposée à reprendre pleinement sa coopération."
Le scrutin municipal en Côte d'Ivoire a consacré la réintégration dans le champ politique du Rassemblement des républicains (RDR), qui avait boycotté les précédentes élections en raison de l'exclusion de son chef de file, l'ancien premier ministre Alassane Ouattara, pour cause de "nationalité douteuse".
Le RDR, accusé par ses adversaires d'avoir peur d'aller aux urnes, voulait prouver qu'il était le "premier parti de Côte d'Ivoire". Il a réussi son pari. Les résultats communiqués par la Commission nationale électorale, sauf pour deux communes affectées par des troubles, lui attribuent 64 municipalités sur 195. Catalogué "nordiste", le parti d'Alassane Ouattara a conquis Bouaké, la deuxième ville du pays, au centre, et de nombreuses municipalités dans l'ouest, dont Gagnoa, "capitale de la boucle du cacao", et San Pedro, second port du pays.
Quant au Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), l'ancien parti unique, il se relève de sa défaite historique aux législatives en emportant 58 communes, dont la majorité des communes d'Abidjan, métropole côtière. Pour sa part, grand perdant, le Front populaire ivoirien (FPI), parti du président Laurent Gbagbo, n'a gagné que 34 municipalités.
"Le RDR vient de prouver qu'il est un parti national", a commenté sa secrétaire générale, Henriette Diabaté, elle-même battue à Port-Bouët, dans la périphérie d'Abidjan. En revanche, pour Notre voie, quotidien du FPI, la victoire du RDR hors de ses fiefs traditionnels s'explique par le vote ethnique, les villes conquises par ce parti ayant "accueilli à bras ouverts des frères allochtones -originaires d'autres terres-, dont les Dioulas
excellence du RDR".
CONTEXTE HOSTILE
Cette thèse est porteuse de menaces d'épuration. Le parti au pouvoir relève par ailleurs la constance du phénomène abstentionniste : seulement 41 % des Ivoiriens se sont déplacés pour voter. La faiblesse des taux de participation - 32 % et 35 % - lors de la présidentielle et des législatives avait été revendiquée comme un succès par le RDR qui, après avoir appelé au boycottage, en avait tiré argument pour réclamer une "reprise du processus électoral".
Au lendemain des législatives, le "problème Alassane Ouattara", qui séjourne depuis novembre en France, se trouve plus que jamais au centre de la vie politique et de la crise identitaire ivoiriennes. Né en Côte d'Ivoire, parti à dix ans au Burkina Faso, pays qu'il a par la suite représenté dans certaines institutions internationales, l'ancien directeur général adjoint du Fonds monétaire international est accusé par ses adversaires de ne pas être un "vrai Ivoirien".
A la veille des municipales, il a rencontré le président Laurent Gbagbo à Lomé, au Togo, pour lui demander la reconnaissance de ses "pleins droits civiques". Cependant, la disposition constitutionnelle écartant de la course présidentielle tout candidat s'étant "prévalu d'une autre nationalité" lui est défavorable.
Désormais conscient de son poids politique, son parti devra trancher entre un "lâchage"difficile et un soutien qui pourrait être synonyme de marginalisation et d'impuissance. Absent du Parlement, sans majorité absolue dans le pays, le RDR ne peut porter aucune initiative de réforme constitutionnelle et sera obligé de nouer des alliances avec d'autres forces politiques, dans un contexte plus que jamais hostile. Vainqueur des municipales, il risque en effet de faire l'unanimité des forces "sudistes" contre lui.
Théophile Kouamouo
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